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Je suis née le 14 mars 1968 à Genève. Mon
père était charmant, charismatique et avait le don précieux d’enchanter celui
qui avait la chance de l’approcher. Ma mère, quant à elle, était plus réservée,
plus mystérieuse. Enfant, j’ai toujours pensé qu’elle était la femme la plus
belle du monde et je crois que je le pense toujours. Ils avaient, chacun à leur manière, une lumière
qu’ils m’ont transmise. Le don de rire, d’aimer et de donner. Pourtant, mon
enfance est teintée d’un certain crépuscule que je me garde bien aujourd’hui de
renier. Certaines douleurs élèvent et subliment lorsqu’on a le courage de les
affronter. C’est ce que je tente de faire à chaque instant de ma vie… De cette
enfance, pleine d’amour et de peines, sont nées mes chimères. D’aussi loin que
je me souvienne, j’ai toujours été accompagnée de mes rêves. J’étais une enfant
à l’imagination infinie, me créant déjà toute petite des mondes merveilleux et
sombres tout à la fois. Les contes de fées – et plus particulièrement la Belle au Bois dormant – ont
exalté l’inclination profonde et réelle vis-à-vis d’un âge médiéval, fascinant,
peuplé de créatures étranges. L’école n’a pas étouffé cette sorte de seconde
existence qui perdure encore aujourd’hui. Au contraire… J’en ai profité pour
inventer des scénarios de forêts enchantées (tiens donc !) et de
princesses perdues afin d’y emmener mes petites copines.



L’étape, importante entre toutes, qui a
marqué les premiers pas de ma vie est bien évidemment ma rencontre avec les
livres. J’ai eu la chance de naître dans une famille d’érudits. Livres, musique
classique et discussions ont rythmé mes jeunes années et ont formé l’esprit qui
est le mien aujourd’hui. Mais lorsque je fus assez grande pour lire toute
seule, j’ai compris que tout un univers fantastique m’était désormais
accessible. Je n’ai plus cessé depuis. Il n'est pas un jour sans que je ne
lise et, à n’en pas douter, les innombrables heures que j’ai passées le nez
plongé dans les romans m’ont formée au métier d’écrivain. Je ne m'attarderai
pas sur les
premiers ouvrages comme la
Bibliothèque Rose et Verte pour parler ici de mon coup de
foudre pour l’Histoire de France, vers l’âge de dix ans. Le destin des rois et
reines, des favorites, des intrigues de cour ont totalement et définitivement
passionné mon âme avide d’apprendre. Mon intérêt s’est très vite porté sur le
Moyen-Age et j’ai étudié avec ardeur la France de Philippe-Auguste, de Saint-Louis et de
Louis XI. J’ai fouillé également toute la période des croisades, des Templiers
et de leur mystère. Bref, j’ai côtoyé, et côtoie encore, la chevalerie dans le
sens strict du terme, prémisse du véritable engouement que je ressentirai
quelques années plus tard pour la chevalerie plus symbolique et éternelle
d’Arthur, de Merlin et de Morgane la
Fée… Eux, ce sont mes compagnons de route auprès de qui ma
quête d’absolu trouve une sorte de réponse. J’ai dévoré tous les livres
traitant de la légende arthurienne, et Dieu sait qu’ils sont légion. Je ressens
un véritable bonheur à imaginer Camelot où régnait le Pendragon de Bretagne.
J’ai arpenté Brocéliande à la recherche de Merlin et ai rêvé dans le recoin le
plus secret de mon cœur de devenir Morgane. Et tous ceux qui sont pareillement
fascinés par les Chevaliers de la table ronde me comprendront sans peine… Il
existe dans cette légende l’essence même de toutes les légendes, où les êtres
merveilleux s’entrelacent subtilement avec la fragilité profondément humaine.
Héros ou magiciennes, ils passent leur existence à chercher ce qu’ils ont en
eux, portés par le chant glorieux du Graal…
Mais voilà que je m’emballe…
Le dernier élément s’est mis en place
lorsqu’à l’âge de vingt ans, on m’a recommandé de lire un livre sympathique
intitulé « Le Seigneur des Anneaux ». Sympathique ? Qu’on
pardonne à cette personne son hérésie ! La trilogie a été comme un ouragan
dans mon univers littéraire et intellectuel et je n’ai pas peur de dire que ce
livre a bouleversé ma vie. J’avais rencontré, à travers les histoires de
Bilbon, d’Aragorn et du fier Eomer, l’heroic fantasy. J’avais trouvé ma voie,
je l’ai senti dès les premières lignes… J’avais découvert, outre l’Histoire et
la quête légendaire d’Arthur Pendragon, un autre monde. Celui que, sans le
savoir, j’avais maintes et maintes fois inventé lorsque je jouais devant mon
miroir.
A bien y réfléchir, ces trois mondes ne
sont guère éloignés les uns des autres, n’est-ce pas ? Le premier est
enfui et on ressent comme une nostalgie douce-amère à étudier ces royaumes dont
certaines régions de France portent encore tout le flamboyant souvenir ;
le second est empreint d’une magie qui n’appartient qu’à lui, une exaltation
qui passionnent toujours davantage les générations ; le dernier ensuite.
Monde merveilleux où l’imaginaire n’a plus de frontière, où tout est permis,
accepté et approuvé.
Voilà pour ce qui est de mes choix
littéraires et culturels, ceux que j’ai faits il y a longtemps et qui perdurent
aujourd’hui. Il m’est par contre plus ardu de parler de cette capacité à
inventer des histoires. Je l’ai dit, je l’ai toujours eue au fond de moi. Mon
imagination a été ma plus fidèle amie et ne m’a jamais abandonnée. Elle est
une indéfectible alliée, qui défie le temps et que j’ai appris à canaliser tout
au long de ces années. J’aime les histoires, avec passion. Elles m’ont
sublimée souvent, m’ont dévorée parfois. On comprendra dès lors que je
n’avais pas vraiment le choix. Il fallait pourtant que je mûrisse, que je construise
ma vie de femme, que je me trouve en quelque sorte et chacun sait bien que
c’est la partie la plus difficile de l’histoire d’une existence. Mais je l’ai fait,
gardant toujours cet espoir qu’un jour j’écrirai…
Et lorsque j’écris, il se passe comme un
miracle, comme un sentiment précieux entre tous de faire ce pour quoi je suis
née. Il n’y a, pour moi, pas de sensation plus pure que celle que je ressens
lorsque j’écris et, quel que soit l’avenir de la Belle de l’Illisen et de
celui des livres qui suivront, je ne peux pas éprouver plus grand bonheur.
En quelques mots, j’espère avoir livré un
peu de l’auteur, mais également de la femme. Un grand merci à vous de m’avoir
lue…


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